
ton sol parle par fragments est un projet de production et de diffusion présenté dans le hall et les jardins du Musée du Bas-Saint-Laurent de Rivière-du-Loup. Prenant appui sur une question simple – qu’est-ce qui, au cours d’une saison de culture, fragmente le temps, entrave le travail de l’agriculteur–trice ou compromet la croissance des végétaux ? À partir de sculptures, de matériaux agricoles et de récits familiaux, l’exposition fait émerger des liens entre la terre, la mémoire et les gestes qui la façonnent. Les œuvres abordent l’agriculture comme un espace vivant de transmission, où s’entrelacent histoires, savoir-faire et transformations du paysage. En donnant forme à ces traces parfois discrètes, le projet propose un regard sensible sur ce qui persiste, se transforme ou s’efface dans les mondes agricoles contemporains.
Un sentiment d’urgence a traversé toute la saison 2025. Alors que je semais le trèfle incarnat avec mon père, il m’a annoncé que 2025 serait sa dernière année de culture : il devançait la vente de la terre. Cette annonce a intensifié ma réflexion sur les réalités du métier : solitude, vulnérabilité face au climat, dépendance à un système sur lequel l’agriculteur a peu de prise. J’ai documenté cette saison, consciente qu’elle marquait une fin de cycle. Cette charge affective nourrit l’ensemble du présent projet.
« Si pratiquer l’agriculture, c’est tenter de faire rendre à un champ ce qu’il peut donner de meilleur, pratiquer la culture (humaine), c’est essayer de faire rendre au champ de l’être humain le maximum d’être : de présence, de perception, de compréhension, d’expression, de communication. »
(Kenneth White, Une Stratégie paradoxale.)

